"Ça étonne beaucoup de monde mais nous intervenons nous-mêmes sur les chantiers pour économiser de l’argent. Il nous arrive souvent d’aider le menuisier à poser des fenêtres." ©Nathalie Rouphael
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L’initiative sociale contre la fatalité ! Pour son deuxième article sur l’empowerment au Liban, Selfpower-community a interrogé Nathalie Rouphael, Phd en littérature et volontaire engagée en première ligne auprès des familles libanaises : « Entre l’appel de désespoir que je reçois sur les réseaux sociaux ou par téléphone et la mise en œuvre d’une solution pérenne, c’est toute une chaîne de soutiens et d’acteurs sociaux qui doit s’organiser. Mais avant toute chose, il faut répondre à l’urgence, apporter les produits de première nécessité qui font défaut, écouter, soutenir, redonner confiance. Ensuite, seulement on pourra se projeter dans l’avenir notamment en orientant la famille vers d’autres organisations. »

Les missions d’urgence sociale sont le quotidien d’un duo de bénévoles, Nathalie Rouphael et Rana Jabre. A deux, elles gèrent les demandes les plus pressantes, celles justement que les structures plus importantes ne parviennent pas à résoudre rapidement du fait de leur lourdeur administrative ou de la complexité de leurs procédures. Inscrites dans une dynamique d’empowerment, les deux jeunes femmes se trouvent aujourd’hui confrontées à une recrudescence d’appels. Alors, pour tenter d’aider à plus grande échelle, elles se préparent à abandonner leur statut informel d’opérationnelles de terrain pour celui plus structuré d’association.

En 2000, Nathalie Rouphael et Rana Jabre décident de consacrer leur temps libre à l’entraide d’urgence. En amont des associations caritatives et des ONG, ces deux Beyrouthines œuvrent auprès des familles libanaises, de toutes confessions et de toutes régions (Tripoli, Baalbek, Zahle ou Deir El Kamar). Elles leur fournissent des médicaments, du lait et autres denrées alimentaires, aident à régler les factures et le loyer et veillent à ce que les enfants poursuivent leur scolarité. Leurs fonds proviennent de généreux donateurs libanais convaincus de l’efficacité de leur formule et de la bonne gestion de leurs dons. L’affectation des sommes fait d’ailleurs l’objet d’un suivi sur tableur Excel et des vidéos relatant leurs interventions sur Facebook et Instagram.

Il nous faudrait tellement plus de moyens ! ©Nathalie Rouphael

« Nous nous positionnons comme une équipe d’aide sociale d’intervention rapide. Notre démarche est informelle et sans intermédiaire, ce qui fait de nous un tandem très réactif. Par exemple vous nous contactez parce que vous avez besoin de médicaments. On interroge notre réseau et très vite on est en mesure dit si oui ou non on peut vous les apporter. » résume Nathalie.

Rien ne les prédestinait à un tel engagement. « En secourant les personnes en danger de précarité, nous mettons en pratique nos valeurs.  En plus, le fait d’aider les autres nous procure une grande satisfaction. C’est aussi une façon de nous affirmer en tant que femmes, de lutter contre les idées reçues qui prônent que l’on agit moins que les hommes. Ça étonne beaucoup de monde mais nous intervenons nous-mêmes sur les chantiers pour économiser de l’argent. Il nous arrive souvent d’aider le menuisier à poser des fenêtres. »

Aider sans pour autant résoudre

A leurs débuts, elles sont venues en aide à une vingtaine de familles. 21 ans plus tard, elles en soutiennent 176. « La situation ne fait qu’empirer et l’explosion du port en 2020 a été le révélateur de toutes fragilités et fuites en avant de notre société ». Aujourd’hui, Nathalie et (Rana) déplorent de ne pouvoir aider davantage de personnes. « On se sent impuissantes face à la montée de la pauvreté mais on continue à combattre pour ne pas se soumettre à la fatalité. De plus en plus d’hommes quittent le pays pour aller travailler et un grand nombre d’étudiants cherchent à partir. Dans la société, je constate deux phénomènes opposés. Des bénévoles qui prennent exemple sur nous et organisent une solidarité à leur échelle et dans le même je ressens un durcissement dans les relations. Par manque de moyens les gens n’arrivent plus à s’entraider. On se sent étouffées de tous les côtés. Les crises se sont accumulées et le gouvernement est totalement dépassé. Nous avons atteint nos limites, il nous faudrait tellement plus de moyens ! » s’insurge Nathalie. Alors pour pouvoir recueillir des fonds de l’étranger, elles envisagent de fonder une association. Encore faut-il que le système bancaire redevienne opérationnel pour qu’elles puissent recevoir des dons par chèques ou virements.

« Pour affronter la catastrophe humanitaire qui s’abat sur la population et continuer à remplir notre mission d’urgence, celle de libanaises venant en aide aux familles libanaises dans le besoin, nous devons pérenniser notre organisation – ce que nous étions loin d’envisager au départ. » reconnait Nathalie

Décryptage

Nathalie Rouphael et Rana Jabre ont franchi tous les stades de l’empowerment individuel, constat critique de l’inadaptation des structures traditionnelles pour répondre aux besoins de première nécessité des familles, décision de se positionner en amont du système d’aide, volonté de développer une puissance d’action, mise en œuvre de solutions pragmatiques et d’une communication qui utilise les médias sociaux pour témoigner de l’efficacité de ses interventions. La capacité à concevoir des aides sur mesure et à créer des liens de solidarité entre aidants et bénéficiaires, procurent à ces bénévoles un sentiment de satisfaction psychologique, de confiance et de réalisation de soi. Dans le même temps, les deux amies renforcent leur complicité et acquièrent de nouvelles compétences à travers leurs collaborations. Les deux co-équipières expriment aussi leur fierté de défendre une certaine conception de la femme libanaise responsable, engagée et dépositaire d’une force et d’une énergie sociales qu’elles placent au service du bien commun.

Mais cet empowerment individuel et interpersonnel se heurte à un système économique et politique délétère et aux besoins grandissants d’une population en manque de tout et à bouts de nerfs.

Le passage à une autre dimension collective, celle de l’associatif est en cours de réflexion au risque d’alourdir le fonctionnement de cette équipe volante. La création d’une organisation plus importante, préalable à l’empowerment collectif, suppose l’élaboration et la mise en place de stratégies sur le moyen et long termes, la conception de programmes d’aides, des partenariats renforcés avec les autres ONG. On peut imaginer aussi que les bénéficiaires seront invités à prendre part à la définition des objectifs et des moyens de l’association, que de nouveaux projets sociaux et de nouveaux apprentissages seront développés et nous leur souhaitons d’avoir un impact croissant dans le débat public. Quant au niveau sociétal, il sera atteint lorsque la nouvelle structure engagera un travail de plaidoyer en faveur d’un changement socio-politique.

Un duo au service des familles libanaises

Grande cause défendue : entraide d’urgence auprès des familles libanaises
Date de création : 2000
Adresses : https://instagram.com/nathalie_rouphael?utm_medium=copy_link
https://www.facebook.com/nathalie.rouphael
Personne à contacter : Nathalie Rouphael
Nombre de familles secourues : 176
Particularité : Se présente avec Rana Jabre comme force citoyenne d’aide sociale d’intervention rapide et projette de se transformer en association
Mission : l’urgence sociale sous toutes ses formes

Pour ceux qui désirent soutenir l’œuvre de Nathalie et Rana :
IBAN: LB4500010220USD1524049500901
Bic Code: FSABLBBX
Ou par transfert OMT, Western Union
Nathalie Hanna Rouphael +96170172923

Marie-Georges Fayn

 From ashes we rise » – expression populaire

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One Thought on “Liban #2 « Des cendres nous nous élèverons »*”

  • Nathalie Rouphael et Rana Jabre sont des collègues connues pour leur dynamisme et leur sérieux. Merci Marie-Georges Fany d’avoir braqué la lumière sur leurs louables actions. Le Liban a grandement besoin de tels gens.

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