« On voit rarement des personnes avec déficience visiter une exposition ou se rendre à un spectacle. » déplore Céline Chenouf, coordinatrice d'Affiche la couleur
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… une autre approche de l’empowerment !

Créée en 2013 sous l’impulsion de Judith Babot, plasticienne, l’association Affiche la couleur n’avait pas vocation à intervenir dans le champ du handicap. Au départ sa mission était exclusivement dédiée à l’art et à son initiation. Mais la naissance d’un petit garçon polyhandicapé en a décidé autrement. La vie de Judith et celle de l’association furent toutes deux transformées. Affiche la couleur devint alors un vecteur d’intégration et d’épanouissement pour les enfants en situation de handicap ou pas. En 2018 de nouveaux statuts sont adoptés et Judith partage la présidence avec Céline Lipari, éducatrice de jeunes enfants l’une est mère d’un enfant handicapé et l’autre pas, une manière d’affirmer la mixité de l’association. Le binôme fait cause commune autour d’une même grande ambition : promouvoir l’inclusion sociale, culturelle et éducative de toutes les personnes, rendre accessibles tous les lieux de droits communs tels que le cinéma, la bibliothèque, le théâtre, le centre de loisirs, encourager les rencontres et lutter contre l’isolement des enfants et de leurs parents. Pour atteindre ces objectifs, le collectif Affiche la couleur va suivre de manière empirique les différentes étapes de l’empowerment collectif. Découvrez comment transformer le monde en douceur…

Au départ, un douloureux constat : « On voit rarement des personnes avec déficience visiter une exposition ou se rendre à un spectacle. » déplore Céline Chenouf, coordinatrice. Pour nous, il ne devrait pas y avoir de limitation. Il faut dépasser les obstacles et s’appuyer sur les textes de loi pour mettre en pratique l’idéal du ‘’vivre ensemble ‘’». Certes, les enfants handicapés vont à l’école mais il leur est toujours difficile de participer aux activités périscolaires. Pourquoi cette inégalité perdure-t-elle ? Parce que le handicap fait encore peur mais aussi par manque de connaissance, d’ouverture d’esprit ou encore par défaut d’organisation, de mise en accessibilité des locaux, de matériel ou d’accompagnant.

Pour que les enfants handicapés puissent grandir dans un milieu mixte, l’association a décidé d’intervenir sur deux fronts. Dans une salle prêtée par la communauté de communes, elle met en place des ateliers découvertes autour de l’art sous toutes ses formes, arts plastiques, peinture, modelage, dessein, durant deux heures tous les mercredis. Les participants, des enfants en situation de handicap ou pas, sont avant tout des copains. Ceux qui sont en situation de handicap ne sont pas pointés du doigt. Cette mixité prépare les adultes de demain à être plus ouverts, plus tolérants et sensibles au respect de la diversité.

Parallèlement l’association crée un pool d’adultes bénévoles qui assistent les enfants handicapés afin qu’ils puissent prendre part à toutes les activités périscolaires dont ils étaient jusqu’alors exclus. Affiche la couleur fait connaître ces offres en créant un site web et une page facebook qui compte plus de 500 fans. Elle place des tracts dans les écoles et au centre social et bénéficie de 2 articles sur la Nouvelle République et le bouche à oreille fait le reste.

Affiche la couleur : une palette de ressources

Aujourd’hui, l’association a étoffé sa palette avec 4 activités périscolaires : un atelier découverte de l’art pour 5 enfants et adolescents, un atelier éducatif pour ceux qui sont peu ou pas scolarisés, une bulle d’air (atelier individuel pour enfant en situation de handicap et de confinement) et un atelier théâtre pour 11 enfants et adultes.  A noter que, pour que la scène leur soit accessible, l’association participe à l’acquisition d’un lève-personne.

Affiche la couleur met également en place des actions à destination des parents. Pour leur permettre de souffler un peu, elle ouvre « un café des parents » en présentiel ou par Zoom. Dans cet espace qui leur sert d’exutoire, ils disent leur colère face à l’injustice, confient les difficultés rencontrées au quotidien, confrontent leurs expériences. De ces échanges chaleureux entre pairs autour de leurs préoccupations mutuelles, ils retirent des habiletés et des enseignements pour faire reconnaître leurs droits, se dégager des méandres administratifs ou pour prendre des décisions en plus grande connaissance de cause.

L’association les invite aussi à découvrir d’autres techniques de communication au travers d’un atelier consacré à l’apprentissage de la communication alternative augmentative ; cette méthode de communication complète la parole ou l’écrit par l’usage de tableaux de langage assisté, de pictos, de tablettes et de classeurs.

Un café des parents en présentiel ©Affiche la couleur

L’association n’hésite pas à solliciter son réseau de parents, véritable maillage de solidarités, de ressources et de compétences ; chacun a des connaissances ou une expérience particulières qu’il n’hésite pas mettre à disposition de l’organisation et de ses membres. « La vie avec un enfant en situation de handicap est semée d’embûches. On se sert de tout ce qu’on a dû apprendre dans notre métier ou personnellement en tant que parent pour trouver des solutions. On a nos contacts privilégiés, on sait par exemple à qui téléphoner pour recevoir une aide administrative. Nous ne laissons pas les parents sans réponse. Et sans avoir jamais fait de publicité nous sommes connus des parents habitant dans les départements limitrophes et c’est aussi notre mission de leur soutenir. » souligne Céline Chenouf.

Des liens avec les acteurs du monde éducatif et médico-social

L’association a également déployé des partenariats, avec l’école de musique du Blanc (36) qui accueille désormais 9 enfants et adolescents, avec le cinéma local pour des séances « affiche ta différence ». Au cours de ces projections, le public est informé que l’assistance est aussi composée d’enfants et d’adultes handicapés qui peuvent avoir des troubles du comportement – et cette annonce qui incite à la tolérance facilite le vivre ensemble. C’est ainsi que l’association lutte pied à pied contre la discrimination.

Dans la négociation, pas dans le combat !
« Nous ne sommes pas dans la revendication ni dans le combat ouvert avec les institutions. On y va en disant que ce que l’on propose peut aider. On est pragmatique, on ne veut pas sauver le monde mais l’améliorer, on veut faire évoluer les mentalités et accompagner le changement.
On est une petite association qui vient en aide aux familles. On informe des droits, de ce qui est possible. Mais quand les familles se révoltent notamment contre les décisions d’exclure leur enfant de l’école, nous sommes les médiateurs qui nous tenons à leur côté pour les aider à gagner cette guerre.           
Nous avons été solidaires de
cpasdemainlaveille car nous redoutons de voir dépérir l’hôpital du Blanc et s’étendre encore le désert médical. Cette lutte a montré qu’en Brenne on peut se mobiliser pour des choses importantes et tenter de les changer » déclare Céline Chenouf

Dans le même temps, l’association tisse des liens étroits avec des orthophonistes, des professionnels d’ISAAC francophone (International Society for Augmentative and Alternative Communication), des éducateurs, des rééducateurs, des enseignants spécialisés, des acteurs des secteurs du médico-social. Elle se rapproche aussi des communautés de communes, du parc naturel régional de la Brenne et de l’éducation nationale. Elle dispose désormais d’un fichier de personnes référentes qu’elle peut solliciter pour conseiller des parents parfois submergés par des problèmes éducatifs, administratifs ou sociaux.

Durant le confinement, pour maintenir le lien avec et entre les familles, les activités ont été basculées en mode virtuel. « Le théâtre a migré sur zoom pour des exercices en ligne, les ateliers, le café des parent, les réunions, tout s’est passé en visio. Nous avons réalisé des tutos pour les activités artistiques. » se félicite Céline Chenouf.

Désormais reconnue pour son expertise, Affiche la couleur participe à l’élaboration de différents cahiers des charges régionaux ou départementaux et notamment à la création d’un pôle ressources handicap, et d’une maison des apprentissages à Châteauroux.

En mars 2020, l’association franchit un nouveau cap avec le recrutement d’une salariée à temps plein qui se consacre aux besoins et demandes croissants des familles et aux sollicitations des institutions. Cet emploi a été ouvert grâce à un financement de la CAF complété par la négociation d’un contrat « cap asso » régional et aux soutiens de la Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations et des collectivités locales. En projet un partenariat avec l’ARS Centre-Val-de-Loire autour de l’inclusion des enfants à besoins spécifiques.

Et Demain ?

L’association espère emménager dans des locaux plus adaptés et disposer d’un bel espace convivial pour ses cafés parents qui se tiendraient au sein d’une permanence ouverte tous les jours. Elle entend aussi poursuivre les partenariats déjà initiés avec les instances. Elle aimerait enfin pouvoir ouvrir un appartement adapté qu’une personne en situation de handicap pourrait partager avec un étudiant ou un jeune travailleur.

Chaînon manquant entre les familles et leurs enfants en situation de handicap et le reste du monde, Affiche la couleur maintient le cap vers une société plus inclusive et plus juste.

Décryptage

Dans son déploiement, Affiche la couleur suit le processus d’empowerment collectif, à savoir communautaire, collaboratif-productif et sociétal* (voir définition plus bas). Mais, là où beaucoup de communautés se positionnent en résistant et en remettant en cause le pouvoir en place, Affichelacouleur opte pour la négociation et l’approche constructive.

Empowerment communautaire. L’association se construit autour de son grand dessein, l’intégration et l’inclusion des enfants et adultes handicapés et le soutien de leurs parents. Contre l’isolement des familles, elle crée un réseau informel. Les liens étroits noués entre les membres qui se heurtent aux mêmes obstacles et partagent le même constat critique sont fondés sur la confiance et l’assistance réciproque. Les familles savent qu’elles peuvent compter les unes sur les autres et que leurs demandes sont mieux prises en compte du fait de l’existence de cette communauté.

Empowerment collaboratif-productif. L’association contribue à accroître les connaissances de ses membres. Elle initie les parents aux techniques de communication augmentée et leur permet de mieux maîtriser les échanges avec leur enfant. Elle trouve des solutions aux difficultés rencontrées comme le recours aux bénévoles pour que les enfants puissent participer aux activités extra-scolaires, à l’égale des autres. Ce faisant elle réussit à surmonter les situations excluantes et stigmatisantes.

L’association crée ses propres ressources, les ateliers découvertes. Elle entretient des partenariats avec les structures extérieures (cinéma, théâtre…) et avec les professionnels de santé et acteurs médico-sociaux. Elle instaure des relations de confiance avec eux et sollicite leur expertise pour aider les parents en difficulté.

Empowerment sociétal. La capacité de l’association à fédérer les énergies autour de l’intégration des personnes en situation de handicap et son rôle de médiatrice lui valent d’être reconnue comme une interlocutrice des pouvoirs publics. Elle est invitée à l’élaboration de cahier des charges de structures d’information sur le handicap. Assise à la table des décideurs, elle porte la parole des familles, affirme son identité et sa singularité. Elle gagne en influence et participe à la transformation l’environnement Enfin, au travers de ses initiatives, elles donnent une autre image du handicap et ouvre la voie à de nouveaux possibles en réveillant chez autrui les valeurs de bienveillance, de respect et de tolérance ; cette approche non coercitive est porteuse, à sa manière, d’un changement de société. 

Avec cette méthode douce, Affiche la couleur semble avoir atteint en deux ans, le niveau partenariat (niveau 6) de l’échelle d’Arnstein (1969). Cette échelle de participation citoyenne conçue par Sherry Arnstein marque les différents niveaux du pouvoir citoyen allant d’une absence de participation (1-manipulation et 2-thérapie, affaiblissement du sens critique), à une participation populaire faible (3-information, 4-consultation et 5-apaisement sans reconnaissance véritable des droits), et pouvant grimper jusqu’à de hauts niveaux de participation et de remise en question du statu quo (6-partenariat, 7-pouvoir délégué et 8-contrôle citoyen). 

Marie-Georges Fayn

Les définitions de l’empowerment

Le processus d’empowerment          
Processus d’expansion de la puissance d’agir et du pouvoir d’influence d’un citoyen et de sa communauté, l’empowerment se déploie au travers de démarches d’émancipation individuelles et collaboratives. Portée par une énergie et une solidarité puisées dans l’essence émancipatrice de ce mouvement, la personne reprend le contrôle de son destin. Elle dépasse les limites qu’elles considéraient comme siennes et élargit le champ de ses possibles. Individuellement et collectivement, les citoyens conquièrent les nouveaux territoires de la connaissance et de l’innovation créés en partage et défient les systèmes traditionnels. « Empowérés », les citoyens et leurs communautés montent en connaissances et en compétences, co-conçoivent des solutions alternatives et en retirent un sentiment de satisfaction, de maîtrise et d’agency (affirmation de son identité et de sa singularité). De nature subversive, l’empowerment ne se contient pas. Il peut réussir à inverser les rapports de force et entaîner un mouvement global de transformation politique en vue d’une société plus respectueuse des droits, plus éthique, plus socialement responsable. (Fayn, 2019)

L’empowerment communautaire est la première étape de l’empowerment collectif, c’est le temps de la construction du « nous-ensemble » ; la période où des individus, poursuivant le même objectif ou la même cause, font société.

L’empowerment collaboratif- productif désigne un niveau plus structuré de partage de connaissances, de compétences, d’accès et de maîtrise des ressources et d’engagements dans des mesures correctrices ou des actions coordonnées, produites en interne ou dans le cadre de partenariats extérieurs.

La forme productive de l’empowerment collectif correspond à la recherche de solutions qui impliquent une logistique et des investissements importants.

L’empowerment sociétal caractérise l’influence et les démarches d’un groupe pour transformer le système socio-politique, le groupe exprime des préoccupations d’ordre général et interpelle l’opinion publique dans son ensemble. (Fayn, M.G., 2019)

Plus d’information sur : https://selfpower-community.com/empowerment/

Fiche de présentation

« Affiche la couleur »
Grande cause défendue :  promouvoir l’inclusion sociale, culturelle et éducative de toutes les personnes
Date de création : 2013, statuts revisités en 2018
Adresse : https://affichelacouleur.fr/
Page Facebook : https://www.facebook.com/affichelacouleur/
Personne à contacter : affichelacouleur@gmail.com
Particularité : inscrit ses interventions dans le cadre de partenariats avec les lieux de droits communs tels que le cinéma, la bibliothèque, le théâtre, le centre de loisirs afin de les rendre accessibles à tous.
Les missions
– des ateliers découvertes à l’appartement adapté en colocation mixte, les missions de l’association évoluent en fonction des besoins des enfants, adolescents et adultes en situation de handicap,

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