Source : Officiel des spectacles
image_pdfimage_print
Share Button

02/12/2021
« – Tu as écrit une pièce de théâtre ? Bravo !
– Tu l’as produite ? Waouh !  Quel courage, surtout en ce moment ! »
Courage, inconscience, utopie ?
Je l’ai fait et j’ai beaucoup appris. Et comme le savoir expérientiel ne vaut que s’il est partagé… Alors je vous livre mes observations et quelques recommandations…

N’hésitez pas à les commenter…

Après mille et une péripéties, au premier rang desquelles le report d’un an du spectacle, THESE ET ANTITHESE -pièce en 7 actes traitant avec humour d’une science en rupture avec la société- a été jouée par Murièle Agherman (également metteuse en scène) et Deen Abboud au Laurette théâtre Paris 10ème en octobre et novembre 2021. Cette immersion dans l’univers de l’entertainment m’a fait découvrir les coulisses du spectacle vivant parisien. Pour partager cette expérience, voici livrés ensemble mon rapport d’étonnement et mon Retour d’EXpérience (REX pour les pro), dédicacés à toutes celles et à tous ceux qui croient au théâtre et se lancent sans filet.

Sur-offre, sous-médiatisation, précarité des comédiens, désaffection et vieillissement du public… la face cachée du spectacle vivant
1- Entertainment : la sur-offre parisienne     

A Paris, proposer un nouveau spectacle revient à offrir une alternative aux 3 000 divertissements possibles (2 630 exactement rien que sur la semaine du 22 au 28 novembre 2021). Le féru de cinéma hésitera entre 827 projections, l’amateur de théâtre se perdra dans les annonces de 787 spectacles, le passionné d’arts plastiques sera tenté par l’une des 464 expositions, le mélomane devra choisir entre 308 concerts du classique à l’électronique. Ajouté à cela 165 activités de toutes sortes, magie, spectacles pour enfants… et pas moins de 79 visites au choix, de l’humour noir au Père Lachaise aux petites rues du Marais. L’ennui, ça n’existe pas à Paris !

Dans cette sur abondance culturelle, on distingue mal un trésor inestimable, un patrimoine unique au monde : les 130 théâtres que recèle la capitale et qui servent d’écrin au spectacle vivant. Il y a bien sûr les scènes mythiques comme la Comédie Française ou l’Odéon, mais aussi un vivier de petites salles que les parisiens ne soupçonnent pas. Des théâtres de 25 à 50 places qui irisent les quartiers pittoresques de Paname d’éclats de liberté et d’impertinence, « so Parisian ». Seulement, ces théâtres sont à la peine depuis quelques années et plus encore depuis la pandémie.

2- Les petits théâtres parisiens : un monde en danger

Ces entreprises artisanales du spectacle occupent une place déterminante dans la création parce qu’elles accueillent à bas coût des spectacles qui, sans elles, ne trouveraient aucune diffusion.  Mais attention, la production d’un spectacle dans un de ces petits théâtres n’est pas faite pour gagner de l’argent, ce qui est mathématiquement impossible, mais pour bénéficier de la visibilité qu’apporte l’affiche parisienne.

Aujourd’hui, ces petites salles souffrent doublement. D’abord parce que la crise sanitaire les a frappées alors qu’elles avaient déjà un genou à terre. Les signaux faibles qui révélaient l’inéluctable érosion du public et qui auraient mis en alerte n’importe quelle direction marketing de n’importe quel secteur, n’ont pas servi d’avertissement. Les régisseurs constataient bien une diminution du nombre d’abonnés, un blanchissement des têtes, des ventes poussives artificiellement boostées par les promos permanentes, mais pris dans la frénésie de la sur-offre de produits, ils ont surmultiplié les offres de spectacles. Chaque créneau horaire du théâtre a été rentabilisé. En semaine, 2 spectacles affichés entre 19 h et 21h30, 4 le week-end dès 14 heures. De fait, la programmation s’en est trouvée modifiée, de quotidienne elle est devenue hebdomadaire. Au suivant ! Tout va très vite ! L’inflation de l’offre n’a malheureusement pas entraîné une augmentation de la demande.

Dans le même temps, obéissant au diktat des plateformes de réservation, le prix d’une place de théâtre n’a cessé de baisser.

Ce système pourrait bien avoir atteint son point de rupture car comment faire face dans la durée à une baisse de la fréquentation, à une diminution du prix de vente des places et, dans le même temps, à une augmentation des charges, aux locations de salle à payer même en période de confinement, aux aides de l’état insuffisantes pour couvrir toutes les dépenses de fonctionnement et de création … Dans ces conditions, comment dégager un salaire ? Comment s’en sortir ?

Les difficultés actuelles des petits théâtres percutent de plein fouet celles des compagnies, génies des lieux, plus fragilisées que jamais depuis que la COVID les a cataloguées non essentielles.

3- Les comédiens : totalement précaires

Si les théâtres privés de quartier vivent mal, les comédiens eux sont en pleine tragédie. Statistiquement, la France comptait 61 538 comédiens en 2017. Catégorisés dans les effectifs des professionnels du spectacle, un tiers d’entre eux résiderait à Paris soit plus de 20 000[1]. Rares sont ceux qui réussissent à vivre de leur art. Au théâtre, le piège « passion-métier-exploitation » s’est refermé sur leur vocation. Peu exigeants sur les cachets, voire rarement déclarés à cause des charges, ils acceptent des conditions aberrantes qui ne tiennent compte ni des heures d’apprentissage du texte, ni des après-midis de répétition : 200€ en moyenne l’heure de représentation soit 400€ avec les charges patronales et cotisations … Certains en sont même de leur poche. La scène est à la fois leur finalité et leur récompense ! Alors de quoi vivent les comédiens ? Beaucoup ont un deuxième emploi, renvoyant leur métier premier au stade de hobby exigeant qui engloutit leur temps libre. De professionnels, ils deviennent amateurs.

Bizarrement, ces sacrifices ne se répercutent pas sur les techniciens du spectacle qui restent correctement rétribués, ni aux propriétaires de théâtres qu’il faut continuer à payer « quoi qu’il en coûte » – même si la location de leur salle reste modique.

Marie-Georges Fayn

Suite du dossier à l’URL https://selfpower-community.com/le-paris-de-lentertainment-un-pari-en-soi-2/


[1] Chiffres Clés – STATISTIQUES DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION 2020

https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Etudes-et-statistiques/Publications/Collections-d-ouvrages/Chiffres-cles-statistiques-de-la-culture-et-de-la-communication-2012-2020/Chiffres-cles-2020

En postant un commentaire sur www.selfpower-community, vous acceptez les règles de l’espace réaction et reconnaissez à www.selfpower-community la capacité de ne pas publier certaines contributions sans avoir à motiver cette décision.

prendre connaissance des règles

2 Thoughts on “Le Paris de l’Entertainment, un pari en soi ! #1”

  • Bonjour Marie-Georges,
    Cet article est très intéressant ! Il existe un ou des syndicats des théâtres privés qui seraient certainement intéressés de te lire !
    Cependant, un petit bémol : je ne comprends pas ton paragraphe sur la vie des artistes ? Pourquoi ne parles tu pas du régime de l’intermittence ? Dans mon référentiel, ce que tu décris là est plutôt la situation des artistes de pays comme les Etats Unis ou la GB…
    A bientôt pour échanger
    Florence

  • Merci Florence pour ce retour. Et, pour répondre à ta question, je ne parle pas des intermittents parce que durant ma courte expérience, je n’ai rencontré que des comédiens n’ayant pas réussi à atteindre les 507 heures fatidiques qui leur auraient permis de valider leurs droits. Tous ceux que j’ai vus n’avaient pas pu entrer dans le dispositif et exerçaient un deuxième métier qui finissait par passer en premier… Je n’en tire pas de généralité mais ces exceptions m’ont semblé très fréquentes. Bien cordialement Marie-Georges

Leave a Reply to Florence Leclerc Cancel reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *