Le rapport d'impact 2024 de METRAC indique que des centaines d'audits ont été réalisés - copyright Gork
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104- 01/09/2026 METRAC[1], organisation canadienne fondée à Toronto en 1984, œuvre à la prévention et à la lutte contre les violences de genre. Forte d’une expertise aujourd’hui reconnue, elle a développé une stratégie collective associant audits de sécurité, initiatives collectives et coordonnées, éducation, recherche, accès aux droits et évolution des politiques publiques. METRAC accompagne les groupes exposés aux violences et aux discriminations dans l’espace public et au travail : femmes, jeunes, personnes 2SLGBTQIA+[2], personnes immigrées et racisées, communautés autochtones, personnes âgées…

Le développement de METRAC peut être appréhendé à travers les trois dimensions de l’empowerment collectif : communautaire, collaboratif et sociétal. L’engagement débute par la prise de conscience individuelle d’un danger, d’une menace ou d’une injustice, et la volonté de ne plus la subir. La personne entre ensuite en relation avec d’autres habitants qui partagent le même constat de la situation et qui décident d’y remédier.

Ils se réunissent et peu à peu transforment leurs expériences individuelles en une compréhension collective des problèmes. Ils identifient les situations préoccupantes, analysent à la fois les circonstances immédiates et les contraintes systémiques à l’origine de leurs craintes, puis travaillent avec les acteurs concernés à l’élaboration de réponses afin de lever les obstacles immédiats et de s’attaquer aux causes profondes.

L’empowerment communautaire : partir de l’expérience vécue

Pour METRAC, les personnes qui vivent dans un espace donné sont expertes de leur propre expérience en matière de sécurité. En 1989, l’organisation a créé le Women’s Safety Audit, devenu par la suite le Community Safety Audit (audit communautaire de sécurité). L’objectif n’est pas de confier à des experts extérieurs le soin de déterminer ce qui rend un quartier sûr ou dangereux, mais de permettre aux habitants — en particulier à ceux qui sont les plus exposés aux risques — d’observer leur environnement, de nommer les problèmes et de proposer des solutions.

Cette démarche transforme l’expérience individuelle en connaissance collective. Une rue mal éclairée, un arrêt de bus isolé, un passage difficile d’accès ou un lieu dans lequel une personne ne se sent pas en sécurité ne relèvent plus de simples impressions personnelles : ces situations deviennent des objets d’observation, de discussion et d’action.

Ces constats illustrent l’empowerment communautaire, comme l’exprime un membre du groupe : « Je prends conscience que mon expérience compte, que d’autres vivent des situations similaires et que, ensemble, nous pouvons produire des connaissances légitimes qui méritent d’être entendues. En développant collectivement de nouvelles expertises, nous devenons des acteurs du changement. »

Focus : les audits de sécurité, bien plus qu’un diagnostic

Le caractère novateur de l’audit de sécurité réside dans ce déplacement de l’expertise. La démarche commence par la constitution d’un groupe local, suivie d’une formation à la méthode. Les participants choisissent le lieu et le moment de l’audit, observent concrètement l’espace, identifient les facteurs qui contribuent au sentiment d’insécurité et formulent des recommandations. Les résultats sont ensuite consignés dans un rapport, puis font l’objet d’un suivi afin d’évaluer la mise en œuvre des recommandations.

La méthode associe la prévention situationnelle par l’aménagement de l’environnement, la recherche-action participative, le développement communautaire et l’analyse des violences fondées sur le genre. Elle peut être appliquée aux quartiers, aux réseaux de transport, aux logements, aux écoles, aux campus et aux lieux de travail.

Les réponses ne se limitent pas à améliorer l’éclairage ou à installer une signalétique. METRAC considère l’audit comme un outil de développement du pouvoir d’agir : les participants en ressortent capables d’animer eux-mêmes des discussions sur la sécurité, de remettre en question les obstacles systémiques et de faire avancer des solutions locales. Son rapport d’impact de 2024 indique que des centaines d’audits ont mobilisé des milliers de personnes, parmi lesquelles des jeunes, des personnes âgées, des nouveaux arrivants et des personnes 2SLGBTQIA+.

Les effets peuvent être très concrets. Cette approche a notamment contribué à la création de zones d’attente désignées et à la mise en place d’un dispositif permettant aux passagers de demander un arrêt entre deux arrêts réguliers sur le réseau de transport public de Toronto, à l’amélioration de l’éclairage des parkings et à des modifications de l’aménagement urbain. À Ottawa, un audit réalisé par une organisation ayant adapté la méthode de METRAC a contribué à modifier le lieu de prise en charge des élèves par les bus scolaires.

L’audit produit ainsi une double transformation : le citoyen devient à la fois producteur de connaissances et interlocuteur des décideurs.

L’empowerment collaboratif : comprendre les contraintes de chacun pour agir ensemble

Une fois le problème identifié, il faut comprendre qui est en mesure d’agir : qui peut intervenir, avec quelles ressources, selon quelles règles et dans quelles limites. METRAC associe tous les acteurs concernés aux initiatives en matière de sécurité : habitants, associations communautaires, élus, services publics, établissements scolaires, urbanistes, opérateurs de transport et institutions.

Sur les campus, par exemple, l’audit est explicitement conçu comme un partenariat entre les étudiants, les responsables administratifs, les enseignants, les personnels et l’ensemble de la communauté. L’examen porte simultanément sur les caractéristiques physiques des lieux, les pratiques, les politiques, les discriminations et les violences sexuelles.

Les « citoyens » ne sont pas placés en opposition aux « institutions ». Il s’agit au contraire de reconnaître les interdépendances, de prendre en compte les contraintes propres à chaque acteur et d’identifier les marges de manœuvre qui rendent l’action collective possible. Le problème vécu individuellement devient ainsi un problème partagé, autour duquel les différentes parties prenantes sont sollicitées, impliquées et mobilisées.

Focus : le droit à la justice — transformer l’information en pouvoir d’agir

Le deuxième pilier majeur de METRAC est son Community Justice Program, actif depuis plus de trente ans. Son objectif est de réduire les obstacles qui empêchent les personnes vulnérables d’accéder à leurs droits.

METRAC produit des informations juridiques en langage clair, destinées aux femmes ayant subi des violences ou risquant d’y être exposées, ainsi qu’aux jeunes et aux communautés marginalisées. Le programme couvre le droit de la famille, le droit pénal, l’immigration, le harcèlement et les droits humains. Il s’appuie sur des ateliers, des formations, des webinaires, des ressources numériques et des partenariats avec des organisations communautaires.

METRAC participe également à des initiatives de réforme du droit et intervient, aux côtés d’autres organisations, devant les tribunaux ou les commissions législatives sur des questions touchant les femmes. Son programme s’appuie sur deux plateformes d’information juridique : Family Law Education for Women (FLEW), disponible en quatorze langues, et l’Ontario Women’s Justice Network (OWJN).

On retrouve ici les trois niveaux de l’empowerment appliqués à l’accès aux droits : je m’informe sur mes droits ; je partage ces connaissances avec mes pairs ; et, ensemble, nous agissons sur les déterminants sociaux et les cadres juridiques qui entretiennent ou renforcent les inégalités.

De l’empowerment collaboratif à l’empowerment sociétal

Les autres programmes de METRAC étendent cette approche à différents publics. Créé en 2002, le programme ReAct développe le leadership des jeunes grâce à l’éducation populaire et à la formation entre pairs sur les violences fondées sur le genre, les relations interpersonnelles, le harcèlement et les cyberviolences. Les jeunes participent à la production des ressources et à leur diffusion.

Le programme TransFormed a été conçu à partir des perspectives de personnes bispirituelles, non binaires et transgenres confrontées à des violences au sein de leurs relations intimes. D’autres initiatives s’attaquent aux discriminations subies par les femmes noires dans l’emploi.

Le principe directeur reste le même : faire émerger l’expérience des personnes directement concernées, la transformer en connaissances, construire des alliances et agir sur les institutions, les politiques publiques et les représentations. L’organisation cherche d’abord à répondre aux menaces immédiates, puis à transformer les conditions structurelles qui produisent l’insécurité ou l’injustice.

Le parcours de METRAC montre que les citoyens sont capables de produire des enseignements, de comprendre les enjeux liés à l’urbanisme et à l’aménagement des territoires ainsi que les rapports de pouvoir qui les sous-tendent. Ils savent également dialoguer avec les acteurs, construire des alliances et, à leur manière, ils contribuent à rendre les territoires plus sûrs et la société plus inclusive et tolérante.

Marie-Georges Fayn

[1] METRAC : organisation canadienne de prévention et de lutte contre les violences fondées sur le genre.

[2] 2SLGBTQIA+ : sigle désignant notamment les personnes bispirituelles (Two-Spirit), lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queer ou en questionnement, intersexes, asexuelles et les autres personnes appartenant à la diversité des orientations sexuelles et des identités de genre.

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